Hassan el Geretly

Hassan el Geretly, fondateur et directeur de la compagnie Al Warsha depuis une vingtaine d’années au Caire (Egypte), membre du collectif TAMASI.

On a commencé avec Al Warsha en 1987 avec un groupe de jeunes. On a découvert qu’on pouvait travailler avec une marge de manœuvre et autrement que dans le sens d’une activité privée, commerciale.

En Egypte, il y a un théâtre commercial qui produit du théâtre de boulevard et un théâtre étatique, des organismes gérés comme des MJC, où amateurs et semi-professionnels gèrent les lieux et jouent. Il n’y a pas de statut pour l’artiste en Egypte. Nous fonctionnons comme si nous étions des amateurs. Petit à petit un métier indépendant a vu le jour et il est reconnu à l’étranger, mais il n’est toujours pas reconnu en Egypte, même si le gouvernement aide à ce que ces artistes puissent se produire à l’étranger.

On peut fournir un travail dans la vitrine d’un pays démocratique et moderne, mais on n’a pas vraiment d’existence en tant qu’artiste en Egypte, on dépend du financement culturel étranger.

Nous pouvons trouver des aides à la mobilité pour jouer à l’étranger, mais pas pour une tournée en Egypte même. On a trouvé des festivals étrangers qui s’intéressent à nous. Il a fallu être prophète ailleurs pour travailler dans notre pays. Mais le jour ou on a décidé qu’on ne voulait plus être en occident mais plutot tourner dans le monde arabe, un très gros problème s’est posé : en tant qu’indépendants on est vus comme anathèmes dans la plupart des ministères de la culture du monde arabe.

A l’étranger, on est perçu comme une troupe de théâtre de rue alors qu’on n’a jamais joué dans la rue. Mais comme on s’intéressait à la culture populaire, à la langue vernaculaire, à l’espace public, on a été assimilé par nos amis français à du théâtre de rue, parce qu’on s’inspirait de la rue.

En Egypte, on a du se mettre en société Sarl, car si nous étions restés association, nous n’aurions pu avoir le statut indépendant. Il y a le gouvernement, le privé, le terrorisme. On ne peut marcher un pas de coté, cela n’existait pas.

On est enregistré commercialement, mais on est une compagnie qui perd financièrement, on ne fait jamais de bénéfices et on paye des impots. On fait un travail qu’aucun homme d’affaires ne ferait. On est dans une sorte de « multiphrénie », comme dans une camisole de force.

On est financé par des grosses structures (Sida (suède), Ford (USA)). Mais dans ce cas, on est tout de suite accusé d’être à la solde de l’occident… Si on s’intéresse à la culture populaire on est taxé de folklore…. Comme si on travaillait pour les festivals internationaux ou pour les touristes. Pas de reconnaissance de la culture du pays, de la culture populaire…

Après la révolution, le terme populaire a retrouvé son vrai sens.

Malgré tout ce que je décris, il y a une énergie énorme dans l’expression artistique ; poésie, chant, musique, etc…

On n’a pas d’autre solution que de continuer face au problème de l’indépendance.

De se soutenir les uns les autres et de s’associer, avec nos camarades. Pour pouvoir continuer à alimenter la réflexion, l’imaginaire, etc…

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