Sulaymane el Bassam

Sulaymane el Bassam, metteur en scène indépendant (britanico-koweitien)

Je vais parler de certains aspects de mon travail et de ce que j’ai pu voir en tant qu’artiste de théâtre qui se voue à un théâtre qui est à la recherche d’un espace de liberté, passionné de texte et d’espace scénique et qui est à la recherche de cette formule magique qui peut être proposée par la vitalité d’une scène et de la présence de spectateurs.

Je suis d’origine métissée parce que je me rends compte que mon expérience avec le théâtre arabe et international est liée à ce métissage.

J’ai commencé à travailler dans le théâtre dans une tradition anglo-saxonne, et pas arabe. Avec cette tradition anglo-saxonne, je me suis retrouvé au Koweit , pays natal, avec une volonté de continuer de creuser dans les questionnements qui m’avaient travaillés.

La 1ère chose que je trouvais importante dans cet espace de théâtre arabe, est la question de la nécessité. Je ne pense pas que ce soit une chimère, c’est une vérité. Soit ce qu’on fait n’est pas important, dans le sens où on ne peut que se créer des ennemis, soit on prend une position, avec une conviction réelle envers le théâtre, soit ce n’est pas la peine. Les spectateurs sont en recherche de cette authenticité.

Je me suis demandé comment créer dans l’enceinte du monde arabe.

Dans les pays arabes, nous nous heurtons à un manque de compréhension. Le monde arabe n’est pas une entité homogène ou unique. Les nationalismes arabes conduisent à des conflits très destructeurs.

Nous avons créé une compagnie de théâtre avec mon épouse Georgina et ce sont les japonais du Tokyo International festival qui nous ont donné la possibilité de travailler de manière transnationale. J’étais ravi car je ne voulais pas être dans une réclamation nationale dans mon travail d’acteur. Les japonais m’ont libéré, et j’ai cherché à travailler avec des artistes venant d’autres pays.

Cette idée de travailler de manière transnationale me semblait très importante. Important de travailler sur une polyphonie de témoignages. Je travaillais sur les thématiques shakespearienne, thématiques qui soulevaient des conflits de l’ordre du tabou : relations entre l’individuel et dieu, entre le pouvoir et la société… des questions qui autrement auraient été difficiles à poser, et comme disait Hassan, c’est souvent dans les dramaturgies occidentales qu’on trouve écho aux questionnements que nous sommes en train de vivre.

Notre troupe n’a pas duré 10 ans sans raison. Elle a existé sans lieu fixe, mais nous faisions nos répétitions à Damas, à Beyrouth, là où on pouvait se réunir pour travailler. Dans un 2e temps, nous présentions nos créations dans différents théâtres à New York, aux Bouffes du Nord, etc…

Un questionnement nait du fait que nous présentions notre travail à un public occidental, en sous-titrage, dans des pays éloignés de ce qui peut être la volonté fondatrice de l’œuvre.

Ce qui a donné aux œuvres la possibilité d’un double questionnement, de tenir un double dialogue :

Un dialogue avec les spectateurs arabes ou arabophones et un dialogue avec les spectateurs occidentaux, étrangers au monde arabe.

Cette expérience avec ces troupes a été terminée en raison de la difficulté de mouvement à l’intérieur du monde arabe.

Dernière chose que je voulais évoquer : le grand courant d’histoire qu’on a pu voir se dérouler depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Dans cette décennie, non seulement on a eu droit à un nouveau cycle de guerres (Afghanistan, Irak, etc… ou révolutions arabes) mais parallèlement dans les grandes institutions occidentales, il y a eu une célébration de ce qui est la force libératrice de la culture arabe, musulmane. Il y a de grandes salles dédiées à l’art islamique qui se sont ouvertes au Louvre, au Musée Métropolitain. Il y a eu un certain nombre de festivals célébrant la parole musulmane ou arabe. A mon sens, cela est aussi réducteur que de caser la volonté d’un théâtre ou d’une expression, sous la tutelle d’une religion ou d’une région, qui est finalement beaucoup plus difficile à cerner.

Pendant cette décennie il y a une pulsion de refus de l’autre, une auto-identification avec une histoire, qu’elle soit islamique ou ethnique, qui est de pureté inouïe, une fausse pureté.

Je pense qu’il est important que nos institutions culturelles soient très conscientes des dangers d’une telle approche purificatrice.

 

Publicités