Taher Najib

Taher Najib, comédien indépendant (Oum el Fahm, Palestine)

Le travail de manière indépendante n’est pas un choix, c’est une obligation.

Je n’aurais rien eu contre avoir un théâtre national, avec des moyens, un salaire à la fin de chaque mois…

Mais en même temps, pour moi comme artiste, la situation d’indépendance est une source d’inspiration inépuisable. Je n’invente rien, c’est kafka qui m’a appris cela : là où il y a crise, il faut creuser et creuser pour en sortir quelque chose.

En tant que palestinien, mais citoyen israélien, je ne suis en train de rien prendre de l’Etat d’Israel pour exercer mon art, sauf de jouer avec des théâtres israéliens où je joue le rôle de l’arabe ou du noir. Ce qui n’est pas très enrichissant.

Le palestinien de l’intérieur, perdu dans l’Etat d’Israel, mentirait s’il disait qu’il sait où il va.

Veut-on être israélien et vivre notre vie comme tout citoyen ? ou voulons-nous rester palestinien conserver notre souffle palestinien et ignorer totalement que nous vivons dans l’Etat d’Israel ?

Chez les palestiniens, il n’y pas de théâtre organisé. Nous avons eu deux tentatives, mais deux échecs, car aucune des tentatives n’avait de vision artistique, claire, indépendante. Celui qui finance, fait pression, impose sa vision, etc… C’est pourquoi je ne peux me rapprocher de ces deux expériences, et je garde mon indépendance.

En 2002, j’ai du aller de Paris à Tel Aviv et j’ai été traité à l’aéroport Charles-de-gaulle comme si j’était Taher Oussama Ben Laden et moi je suis Taher Najib ! et l’expérience que j’ai vécu m’a incité à écrire ce que j’ai vécu en rentrant chez moi. La pièce a été jouée en 2006 au Festival de Jérusalem, elle a remporté le prix de la meilleure pièce. Chaque pièce qui a remporté ce prix a généralement été programmée pendant l’année dans les théâtres israéliens, au moins une fois. Cela n’a pas été le cas pour ma pièce « Roukab ».

En contre partie, « Roukab » a été jouée au moins 200 fois dans le monde.

Ma conclusion est que tant que je suis fidèle à moi-même, mon théâtre aura un sens.

Est-ce que ce métier de comédien je voudrais le transmettre à mes enfants ? ma réponse est non.

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